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La normalisation

normes

Il existe de nombreux organismes de normalisation, internationaux (ISO, CEN, AACC, ICC…), ou nationaux (Afnor, GOST, IRAM, GT…), mais que sont réellement les normes ?

Ce sont des textes, d’application volontaire, (ou parfois incluses dans des réglementations) qui ont 2 objectifs principaux :

  • Décrire le mode opératoire d’une méthode analytique.
  • Donner des informations chiffrées permettant de connaître les performances atteignables par la méthode lorsque le protocole est respecté.

A quoi servent-elles ? principalement à établir des règles saines et consensuelles pour les transactions commerciales.

Imaginons un monde sans norme : un acheteur désirant un blé à 12% de protéines (et étant tout de même conscient que l’analyse peut varier) peut alors exiger d’un vendeur un lot de blé avec un taux de protéines situé entre 11,99% et 12,01%...exigence difficilement atteignable et qui peut aboutir à une incapacité de livrer la marchandise ou à une diminution du prix payé pour non-respect du contrat. À l’opposé, un vendeur pourrait ne garantir ce lot qu’entre 9 et 15%...ce qui risque fort de poser quelques soucis en production. Il faut donc s’accorder sur une valeur qui sera suffisamment étroite pour permettre une bonne séparation des lots mais pas trop pour éviter de bloquer le commerce.

Pour fixer ces valeurs, les organismes de normalisation s’appuient sur un travail d’experts indépendants qui vont travailler de la manière suivante :

  • Proposition d’une nouvelle méthode (le brouillon du futur texte de norme).
  • Mise en place d’une étude inter-laboratoires. C’est un des moments clefs du processus. Un lot d’une dizaine d’échantillons représentatifs de ce que l’on veut analyser (dans notre cas le taux de protéines) est envoyé à une douzaine de laboratoires. Le choix des échantillons est crucial car il doit
    • Couvrir l’étendue des valeurs possibles (la norme n’est valide que sur la plage étudiée) dans notre cas, un set d’échantillons allant de 11 à 13% exclurait du domaine de la norme tout ce qui est inférieur à 11 ou supérieur à 13.
    • Si la norme veut s’appliquer à différentes graines, il faudra qu’elles soient présentes dans le set à étudier, on ne peut pas extrapoler à du maïs ce que l’on mesure sur du blé. Une étude faite sur farine ne peut s’extrapoler au blé. Il existe aujourd’hui des méthodes que certains utilisent sur blé alors qu’elles n’ont été étudiées, et donc ne peuvent s’appliquer, que sur la farine [1]. Les normes indiquent donc un « domaine d’application » qui spécifie clairement les conditions (types d’échantillons) dans lequel elles peuvent être utilisée (Par exemple farine, blé, blé broyé…), tout ce qui n’est pas spécifiquement mentionné dans ce « domaine » ne peut en aucun cas bénéficier de la norme.
    • Sur le domaine étudié, il faut que les échantillons soient également répartis, on évitera d’avoir 5 échantillons à 8% de protéines et 5 autres à 17%.
    • Les échantillons doivent correspondre à ce que testeront les utilisateurs de la future norme. Par exemple, si un broyage est nécessaire cela doit faire partie du test et les participants doivent recevoir du grain et non pas du blé broyé.
    • Les échantillons doivent être préparés et répartis entre les participants Les utilisateurs recevront des paquets sans autre indication qu’un numéro de sachet.
  • Les laboratoires doivent faire les analyses dans un laps de temps donné en suivant scrupuleusement la méthode. Ils noteront les éventuelles difficultés rencontrées et rendront les résultats à l’organisateur de la méthode.
  • Une fois tous les résultats reçus, une analyse statistique permettra de quantifier la performance de la méthode. Voici quelques indicateurs [2]:
    • L’écart type de répétabilité qui permet de mesurer l’écart moyen des résultats obtenus lorsque le test est répété par le même laboratoire sur le même appareil et avec le même opérateur, le même jour.
    • L’écart type de reproductibilité qui permet de mesurer l’écart moyen des résultats obtenus lorsque le test est réalisé par différents laboratoires, sur des appareils différents, avec des opérateurs différents et à des jours.
    • Logiquement l’écart type de reproductibilité est toujours plus élevé que l’écart type de répétabilité.
    • Cette base servira à calculer d’autres indicateurs tels que les limites de répétabilité ou de reproductibilité, les coefficients de variation, les incertitudes, les différences critiques… toutes ces informations utiles sont issues des résultats de l’étude inter laboratoire.
    • Une dernière information importante consiste à savoir si les écarts types observés sont constants quelle que soit la valeur mesurée, ou s’ils diminuent ou augmentent avec la valeur moyenne (ce qui veut dire que l’on est respectivement plus ou moins précis sur les valeurs fortes).
  • Les experts se réunissent alors pour valider ces résultats et affiner le texte de la norme, en fonction des observations reçues des laboratoires, afin d’en optimiser l’efficacité.

Nous attirons l’attention sur le fait qu’une norme non accompagnée de ces données chiffrées n’a pas plus d’utilité pour les industriels qu’un simple mode d’emploi. Si vous faites appel à une norme c’est surtout pour pouvoir appliquer ces données consensuelles. Que ce soit pour votre utilisation interne (cartes de contrôle) et/ou pour vos contrats commerciaux.

 Ce qui est aussi important à noter est que ces normes sont faites POUR vous mais doivent surtout être faites PAR vous. Nous encourageons un maximum d’utilisateurs à se rapprocher de leurs organismes de normalisation afin de pouvoir participer à l’établissement de ces textes si importants. Vous pouvez devenir acteurs, participer aux discussions ou aux études inter laboratoire, c’est à la fois utile et très enrichissant. Et pourquoi pas, être à l’origine d’un prochain texte de norme.

 

[1] Ceci est très logique, prenons l’exemple de la mesure de la teneur en eau. Si elle est faite directement sur la farine, la méthode aura une certaine précision. Si l’on reçoit du blé, il faudra le broyer, on comprend bien que cette étape va rajouter plus de possibilité d’erreur, d’incertitude. La précision de la méthode faite à partir du blé (plus compliquée) sera forcément moins bonne que celle de l’analyse de la farine (plus simple). De ce fait, toute méthode s’appliquant au blé doit faire l’objet d’une étude spécifique intégrant au moins le broyage ou la mouture de laboratoire. Ceci peut faire l’objet d’une norme spécifique (c’est le cas de l’Alvéographe) ou être intégré à une norme commune (c’est le cas du Mixolab 2) mais dans tous les cas il faut que cette matrice ait été étudiée pendant l’étude inter-laboratoires.

[2] Nous prévoyons des notes spécifiques pour expliquer dans le détail ces indicateurs importants.

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